Thèmes
A)
Communication et marketing des organisations de l'ESS
Pris entre
une logique politique de combat et la nécessité économique
de séduire des consommateurs, cherchant à affirmer des
valeurs mais désireuses de vendre leurs produits et prestations,
les organisations de l'économie sociale et solidaire oscillent
bien souvent entre communication militante traditionnelle et adoption
pure et simple du marketing. Mais ces deux voies ne conduisent-elles
pas à des impasses ? La division en une multitude de chapelles
rend inaudibles le discours politique dans un espace public central
dominé par des médias assujettis aux règles libérales.
L'adoption d'un marketing-produit estompe les valeurs politiques de
l'entreprise et ne semble pas permettre de mettre en avant la plus value
sociétale des organisations de l'ESS. A l'heure où les
multinationales développent des stratégies de communication
vantant la Responsabilité sociale des entreprises (RSE), n'est-il
pas temps de réfléchir à un modèle de communication
publique (ie, politique et commerciale) reflétant les valeurs
et les spécificités organisationnelles de l'ESS ?
B)
Finances solidaires, tissu productif local et dynamiques territoriales
locales
Les difficultés
de financement des entreprises d'économie sociale et solidaire
sont multiples : contraintes de statut, dépendance vis-à-vis
de financements publics, faiblesse des financements privés, conditions
d'accès aux prêts et aux fonds d'amorçage etc. En
même temps, depuis les années 1980, la France comme d'autres
pays en Europe observe une expansion significative des acteurs et des
dispositifs de finances solidaires pour porter et développer
le microcrédit professionnel. Outil d'insertion par l'entrepreneuriat
à destination des personnes en forte désemployabilité,
le microcrédit professionnel se résume-t-il à ce
rôle d'insertion ou bien se destine-t-il à un autre modèle
d'entreprise et d'entrepreneuriat ? Les territorialités des finances
solidaires permettent-elles de dévoiler de nouvelles dynamiques
ou inégalités entre les territoires ?
Leur ancrage au territoire, tel qu'il est revendiqué, fait-il
des finances solidaires des ressources (instruments ?) au service de
celui-ci ou bien des acteurs à part entière de son développement
? La question mérite d'être posée tant on assiste
en France, par exemple, à l'émergence de fonds régionaux
solidaires qui sont animés par les finances solidaires par délégation
des pouvoirs publics locaux dans une sorte de logique de l'Etat ou de
la région qui " fait faire ".
Les finances solidaires relèveraient-elles alors d'une certaine
forme de politiques publiques ?
Indirectement, cet axe devrait nous permettre de poser les premiers
éléments d'analyse des articulations et des convergences
entre pouvoirs publics locaux et finances solidaires situées,
ouvrant la voie à des comparaisons de pratiques et d'investigations.
C)
Les politiques de l'ESS : entre banalisation et contestation
Issus de
plusieurs traditions politiques, du socialisme associationniste au catholicisme
social, les mouvements coopératif, mutualiste et associatif entretiennent
des relations ambivalentes avec les pouvoirs politiques selon que prédominent,
dans leurs discours et leurs pratiques, des logiques d'adaptation, de
compétition, de régulation ou de contestation des institutions
économiques et en particulier des marchés.
L'affirmation de politiques publiques d'économie sociale et solidaire
a constitué ces dernières années une voie privilégiée
de reconnaissance des spécificités d'un entreprendre autrement
sur les territoires. Pourtant, pris entre marginalité institutionnelle
et utopie de transformation, les élus et entrepreneurs de l'ESS
ont-ils les ressources politiques et les réseaux sociaux suffisants
pour ne pas rabattre le projet de l'économie sociale et solidaire
à l'unique reconnaissance des entreprises sociales sur le marché
? Les écueils de la banalisation institutionnelle ne manquent
pas. Récentes et fragiles, les politiques d'économie sociale
et solidaire sont d'autant plus sensibles aux alliances partisanes et
aux échéances électorales que le profil militant
des élus ne facilite pas toujours un ancrage politique durable.
Dans quelle mesure le gain institutionnel d'une plus grande visibilité
des initiatives et des entrepreneurs de l'ESS à travers des dispositifs
spécifiques de soutien et de financement ne risque-t-il pas de
se payer d'un renoncement politique à être un levier pour
une régulation d'une économie plurielle à même
de résister au processus de marchandisation et d'infléchir
le sens du développement local ? Jusqu'où le soutien et
le dynamisme des réseaux de l'ESS, de leur stratégie d'alliance
avec les partenaires sociaux et autres mouvements contestataires à
différentes échelles de gouvernance, de leur capacité
de mobilisation citoyenne sont-ils à même de maintenir
et de concrétiser la prétention de l'ESS à combiner
un modèle économique spécifique à une volonté
de transformation sociale ?
D)
De l'innovation à la reproduction, du local à l'international
comment maîtriser les changements d'échelle survenus dans
le champ de l'ESS?
En partant
d'une réflexion politique sur les principes nécessaires
et pertinents pour promouvoir une alternative à l'économie
néolibérale considérée comme calamiteuse,
les entreprises d'ESS sont en recherche de convergences entre leurs
divers champs d'activité (production, finance, formation etc)
et entre les niveaux géopolitiques d'action, du micro local au
transcontinental. Grâce à l'activité des divers
réseaux de promotion et de soutien, les initiatives et les innovations
relativement éparpillées se sont progressivement regroupées
et de cette façon développées passant d'expérimentations
à leurs reproductions et à leurs généralisations.
De quelle façon peut-on évaluer l'incidence de ces changements
d'échelle sur la nature et la qualité des entreprises
de l'ESS? La " réussite économique " d'un modèle
est -elle compatible avec la fidélité aux principes qui
animaient les expériences à leurs débuts ou risque-t-elle
de les dénaturer? Quelles sont les stratégies qui permettent
aux acteurs de l'ESS, tant dans leurs contextes immédiats que
dans une perspective élargie (nationale, européenne, mondiale),
d'élaborer des modèles économiques viables, tout
en préservant les fondamentaux originels. Quel rôle jouent
les niveaux d'action politique, du terrain proche aux regroupements
internationaux pour soutenir ou dénaturer l'entreprise solidaire.
E)
Les nouvelles formes d'entreprise de l'ESS
Les innovations en économie sociale et solidaire : un fer de
lance politique ou un faire valoir symbolique ? Depuis une dizaine d'années,
les innovations en économie sociale et solidaire ont dépassé
le cadre renouvelé par les initiatives rattachées à
l'économie solidaire. On retrouve pêle-mêle les SCIC,
les coopératives d'emploi, les coopératives d'habitation
Ces nouvelles structures et/ou activités paraissent suffisamment
porteuses de volonté réformatrice pour donner du baume
au cur de ceux qui craignaient l'assoupissement et l'affadissement
politiques des structures de l'ESS.
Toutefois, cette appréciation positive suscite trois types d'interrogation.
Tout d'abor, il convient de vérifier que la volonté réformatrice
que l'on prête à ces nouvelles initiatives est effectivement
porteuse d'une dimension politique comme celle qui a présidé
à l'initiation première de l'économie sociale.
Ensuite, et avec plus d'hésitation, il faut évaluer le
potentiel régénérateur de ces innovations au regard
des autres familles de l'ESS, notamment à travers l'étude
de l'accueil qui leur est fait au plan institutionnel et l'éventuelle
émulation qu'elle a pu produire. Enfin, la question de la diversité
des formes juridiques à travers l'Union européenne pourra
être abordée à la fois comme moteur d'innovation
sociale localisée, mais aussi comme frein à l'émergence
d'organisations transnationales.
F)
Décroissance et organisation de l'ESS : réflexions théoriques
et expérimentations
Le projet
politique de la décroissance, défini comme processus concret
et volontaire vers une société soutenable, ne peut laisser
indifférent les mouvements institués de l'ESS. Parallèlement,
les recherches théoriques en cours sur la décroissance
- ou sur une altercroissance - doivent interpeller la communauté
scientifique pluridisciplinaire structurée dans le champ de l'ESS.
La critique radicale de la consommation et de la production de masse
(avec leurs corollaires productivistes et consuméristes) ainsi
que la mise en cause des formes d'aliénation et d'exploitation
du travail débouchent sur des propositions alternatives qui rejoignent
les valeurs et les principes premiers de l'économie sociale et
solidaire. En particulier, les valeurs de solidarité, de liberté,
de responsabilité, les principes de gestion démocratique
et de lucrativité limitée, portées ou appliquées
par les organisations de l'ESS, se retrouvent dans le projet de la décroissance.
De même, les critères qui fondent leurs stratégies
et leurs pratiques - l'auto-organisation, le bénévolat,
la réciprocité, la proximité territoriale, l'utilité
sociale - créent les conditions d'une croissance conviviale (intérêt
collectif, valorisation des biens relationnels), équitable, et
locale (basée sur des économies de proximité ouvertes),
ciblée (sur des productions soutenables avec une réduction
importante des portions non-soutenables de l'économie centrées
sur le fétichisme de la marchandise).
Nous attendons des propositions de communications qu'elles montrent
les liens entre organisations de l'ESS et altercroissance, en acceptant
des approches théoriques, historiques ou empiriques (études
de cas, analyses comparées,
).