Appel
à communication
L'ambition
des organisations de l'économie sociale et solidaire
(ESS) est de porter une critique en actes du capitalisme. Les
organisations de l'ESS ont pour objectif de créer des
emplois non délocalisables, de créer de la richesse
économique et sociale,
de développer des modèles alternatifs de production
et de gestion, et de s'inscrire durablement dans les territoires.
Cette réalité économique, qui doit se prêter
à une analyse non idéaliste, ne doit cependant
pas occulter le projet politique à l'origine de la création
de ces organisations, instituées en mouvement historique.
Dans une période contemporaine marquée par une
grave crise financière du capitalisme, il apparaît
nécessaire de s'interroger sur la voie alternative promue
par l'économie sociale et solidaire. Les régressions
actuelles - démocratiques et sociales - ainsi que les
dérives économiques et juridiques doivent interpeller
les organisations de l'ESS sur leur engagement politique. Ainsi,
comment les valeurs de solidarité, de démocratie
et de respect de l'environnement s'incarnent-elles (ou non)
dans leurs stratégies et leurs modes de fonctionnement
? Ne sont-elles que des organisations supplétives au
désengagement des Etats ? Sont-elles réellement
les garantes d'un autre mode de création et de répartition
de la richesse ? Ont-elles intégré une autre approche
de la richesse ? Prouvent-elles, à travers leurs règles
établies et leurs pratiques, qu'elles sont toujours à
la pointe de l'innovation sociale ? Comment se gèrent
les changements d'échelle du niveau local à l'international
et quelles modifications en découlent au sein même
des entreprises Telles sont les questions qui seront traitées
au cours de ces rencontres dans le cadre de six ateliers thématiques.
Ces ateliers chercheront à croiser les analyses des acteurs
de terrain et des chercheurs sur les évolutions liées
au relatif succès des formules entrepreneuriales de l'ESS.
Une attention toute particulière sera apportée
aux communications intégrant une ouverture internationale
(monographie de pays étrangers, études comparatives,
réflexions sur la construction européenne, prise
en compte de la mondialisation, etc.)
La
langue du colloque est le français, mais dans les ateliers
il est possible d'utiliser une langue étrangère,
en accord avec les responsables de l'atelier.
A)
Communication et marketing des organisations de l'ESS
Pris
entre une logique politique de combat et la nécessité
économique de séduire des consommateurs, cherchant
à affirmer des valeurs mais désireuses de vendre
leurs produits et prestations, les organisations de l'économie
sociale et solidaire oscillent bien souvent entre communication
militante traditionnelle et adoption pure et simple du marketing.
Mais ces deux voies ne conduisent-elles pas à des impasses
? La division en une multitude de chapelles rend inaudibles
le discours politique dans un espace public central dominé
par des médias assujettis aux règles libérales.
L'adoption d'un marketing-produit estompe les valeurs politiques
de l'entreprise et ne semble pas permettre de mettre en avant
la plus value sociétale des organisations de l'ESS. A
l'heure où les multinationales développent des
stratégies de communication vantant la Responsabilité
sociale des entreprises (RSE), n'est-il pas temps de réfléchir
à un modèle de communication publique (ie, politique
et commerciale) reflétant les valeurs et les spécificités
organisationnelles de l'ESS ?
B)
Finances solidaires, tissu productif local et dynamiques territoriales
locales
Les
difficultés de financement des entreprises d'économie
sociale et solidaire sont multiples : contraintes de statut,
dépendance vis-à-vis de financements publics,
faiblesse des financements privés, conditions d'accès
aux prêts et aux fonds d'amorçage etc. En même
temps, depuis les années 1980, la France comme d'autres
pays en Europe observe une expansion significative des acteurs
et des dispositifs de finances solidaires pour porter et développer
le microcrédit professionnel. Outil d'insertion par l'entrepreneuriat
à destination des personnes en forte désemployabilité,
le microcrédit professionnel se résume-t-il à
ce rôle d'insertion ou bien se destine-t-il à un
autre modèle d'entreprise et d'entrepreneuriat ? Les
territorialités des finances solidaires permettent-elles
de dévoiler de nouvelles dynamiques ou inégalités
entre les territoires ?
Leur ancrage au territoire, tel qu'il est revendiqué,
fait-il des finances solidaires des ressources (instruments
?) au service de celui-ci ou bien des acteurs à part
entière de son développement ? La question mérite
d'être posée tant on assiste en France, par exemple,
à l'émergence de fonds régionaux solidaires
qui sont animés par les finances solidaires par délégation
des pouvoirs publics locaux dans une sorte de logique de l'Etat
ou de la région qui " fait faire ".
Les finances solidaires relèveraient-elles alors d'une
certaine forme de politiques publiques ?
Indirectement, cet axe devrait nous permettre de poser les premiers
éléments d'analyse des articulations et des convergences
entre pouvoirs publics locaux et finances solidaires situées,
ouvrant la voie à des comparaisons de pratiques et d'investigations.
C)
Les politiques de l'ESS : entre banalisation et contestation
Issus
de plusieurs traditions politiques, du socialisme associationniste
au catholicisme social, les mouvements coopératif, mutualiste
et associatif entretiennent des relations ambivalentes avec
les pouvoirs politiques selon que prédominent, dans leurs
discours et leurs pratiques, des logiques d'adaptation, de compétition,
de régulation ou de contestation des institutions économiques
et en particulier des marchés.
L'affirmation de politiques publiques d'économie sociale
et solidaire a constitué ces dernières années
une voie privilégiée de reconnaissance des spécificités
d'un entreprendre autrement sur les territoires. Pourtant, pris
entre marginalité institutionnelle et utopie de transformation,
les élus et entrepreneurs de l'ESS ont-ils les ressources
politiques et les réseaux sociaux suffisants pour ne
pas rabattre le projet de l'économie sociale et solidaire
à l'unique reconnaissance des entreprises sociales sur
le marché ? Les écueils de la banalisation institutionnelle
ne manquent pas. Récentes et fragiles, les politiques
d'économie sociale et solidaire sont d'autant plus sensibles
aux alliances partisanes et aux échéances électorales
que le profil militant des élus ne facilite pas toujours
un ancrage politique durable. Dans quelle mesure le gain institutionnel
d'une plus grande visibilité des initiatives et des entrepreneurs
de l'ESS à travers des dispositifs spécifiques
de soutien et de financement ne risque-t-il pas de se payer
d'un renoncement politique à être un levier pour
une régulation d'une économie plurielle à
même de résister au processus de marchandisation
et d'infléchir le sens du développement local
? Jusqu'où le soutien et le dynamisme des réseaux
de l'ESS, de leur stratégie d'alliance avec les partenaires
sociaux et autres mouvements contestataires à différentes
échelles de gouvernance, de leur capacité de mobilisation
citoyenne sont-ils à même de maintenir et de concrétiser
la prétention de l'ESS à combiner un modèle
économique spécifique à une volonté
de transformation sociale ?
D)
De l'innovation à la reproduction, du local à
l'international comment maîtriser les changements d'échelle
survenus dans le champ de l'ESS?
En
partant d'une réflexion politique sur les principes nécessaires
et pertinents pour promouvoir une alternative à l'économie
néolibérale considérée comme calamiteuse,
les entreprises d'ESS sont en recherche de convergences entre
leurs divers champs d'activité (production, finance,
formation etc) et entre les niveaux géopolitiques d'action,
du micro local au transcontinental. Grâce à l'activité
des divers réseaux de promotion et de soutien, les initiatives
et les innovations relativement éparpillées se
sont progressivement regroupées et de cette façon
développées passant d'expérimentations
à leurs reproductions et à leurs généralisations.
De quelle façon peut-on évaluer l'incidence de
ces changements d'échelle sur la nature et la qualité
des entreprises de l'ESS? La " réussite économique
" d'un modèle est -elle compatible avec la fidélité
aux principes qui animaient les expériences à
leurs débuts ou risque-t-elle de les dénaturer?
Quelles sont les stratégies qui permettent aux acteurs
de l'ESS, tant dans leurs contextes immédiats que dans
une perspective élargie (nationale, européenne,
mondiale), d'élaborer des modèles économiques
viables, tout en préservant les fondamentaux originels.
Quel rôle jouent les niveaux d'action politique, du terrain
proche aux regroupements internationaux pour soutenir ou dénaturer
l'entreprise solidaire.
E)
Les nouvelles formes d'entreprise de l'ESS
Les innovations en économie sociale et solidaire : un
fer de lance politique ou un faire valoir symbolique ? Depuis
une dizaine d'années, les innovations en économie
sociale et solidaire ont dépassé le cadre renouvelé
par les initiatives rattachées à l'économie
solidaire. On retrouve pêle-mêle les SCIC, les coopératives
d'emploi, les coopératives d'habitation
Ces nouvelles
structures et/ou activités paraissent suffisamment porteuses
de volonté réformatrice pour donner du baume au
cur de ceux qui craignaient l'assoupissement et l'affadissement
politiques des structures de l'ESS.
Toutefois, cette appréciation positive suscite trois
types d'interrogation. Tout d'abor, il convient de vérifier
que la volonté réformatrice que l'on prête
à ces nouvelles initiatives est effectivement porteuse
d'une dimension politique comme celle qui a présidé
à l'initiation première de l'économie sociale.
Ensuite, et avec plus d'hésitation, il faut évaluer
le potentiel régénérateur de ces innovations
au regard des autres familles de l'ESS, notamment à travers
l'étude de l'accueil qui leur est fait au plan institutionnel
et l'éventuelle émulation qu'elle a pu produire.
Enfin, la question de la diversité des formes juridiques
à travers l'Union européenne pourra être
abordée à la fois comme moteur d'innovation sociale
localisée, mais aussi comme frein à l'émergence
d'organisations transnationales.
F)
Décroissance et organisation de l'ESS : réflexions
théoriques et expérimentations
Le
projet politique de la décroissance, défini comme
processus concret et volontaire vers une société
soutenable, ne peut laisser indifférent les mouvements
institués de l'ESS. Parallèlement, les recherches
théoriques en cours sur la décroissance - ou sur
une altercroissance - doivent interpeller la communauté
scientifique pluridisciplinaire structurée dans le champ
de l'ESS. La critique radicale de la consommation et de la production
de masse (avec leurs corollaires productivistes et consuméristes)
ainsi que la mise en cause des formes d'aliénation et
d'exploitation du travail débouchent sur des propositions
alternatives qui rejoignent les valeurs et les principes premiers
de l'économie sociale et solidaire. En particulier, les
valeurs de solidarité, de liberté, de responsabilité,
les principes de gestion démocratique et de lucrativité
limitée, portées ou appliquées par les
organisations de l'ESS, se retrouvent dans le projet de la décroissance.
De même, les critères qui fondent leurs stratégies
et leurs pratiques - l'auto-organisation, le bénévolat,
la réciprocité, la proximité territoriale,
l'utilité sociale - créent les conditions d'une
croissance conviviale (intérêt collectif, valorisation
des biens relationnels), équitable, et locale (basée
sur des économies de proximité ouvertes), ciblée
(sur des productions soutenables avec une réduction importante
des portions non-soutenables de l'économie centrées
sur le fétichisme de la marchandise).
Nous attendons des propositions de communications qu'elles montrent
les liens entre organisations de l'ESS et altercroissance, en
acceptant des approches théoriques, historiques ou empiriques
(études de cas, analyses comparées,
).
Modalités
des réponses, processus d'évaluation et calendrier
Les
personnes intéressées doivent rédiger une
note d'intention de 5000 signes maximum précisant le
sujet, la méthodologie et le cadre théorique avant
le 15 janvier 2009. Comme chaque proposition sera évaluée
en double aveugle par le comité scientifique, chacune
devra posséder deux éléments distincts
:
-une fiche d'identification précisant le nom du ou des
auteurs, ses qualités, le titre de l'intervention et
un acronyme de cinq lettres
-la proposition proprement dite, identifiée par le seul
acronyme.
Les réponses seront envoyées aux auteurs avant
le 15 février 2009.
Les textes définitifs devront parvenir avant le 1er
mai 2009.
Pour
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